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Publié le 28 septembre 2016  par Richard Rainsford

Bulletin Encod No.138
GUERRE DE L’OPIUM EN AFGHANISTAN

Dans le livre d’Enrico Piovesana "Afghanistan. 2001-2016. La nouvelle guerre de l’opium", paru aux éditions Ariana en 2016, un graphique précédant la préface résume l’entièreté du livre : il montre la production d’opium en Afghanistan et dans le monde, d’après les données des Nations Unies, et permet d’observer son évolution de 1980 à 2014.
Les conclusions qu’on peut en tirer sont surprenantes.



Toutes les versions de cet article : [English] [italiano] [français] [Deutsch]




Voir en ligne : Guerra dell’oppio in Afghanistan

Dans ce pays traditionnellement producteur d’opium, la culture du pavot a explosé à la fin du conflit avec les forces soviétiques (1987-1989) [1].
La production a continuellement augmenté après la défaite des Soviets, durant la guerre civile entre les différentes factions de Moudjahidins (1989-1996), ainsi que dans les premières années du "régime Taliban" (1997-2001).
Le tournant a lieu lorsque, en juillet 2000, le leader Taliban mollah Mohammad Omar interdit, pour des raisons religieuses, la production d’opium. [2] La production baisse alors de 95% en 2001.
L’année suivante, le régime Taliban est renversé suite à "l’intervention humanitaire" des États-Unis. La production d’opium reprend son niveau de l’an 2000. [3]

Actuellement, l’Afghanistan produit 5.000 tonnes d’opium par an, c’est à dire 90 pourcent de la production mondiale, et l’augmentation constante des quantités produites a fait baisser les prix.
Concrètement, l’héroïne vendue sous le manteau est redevenue à la mode grâce à cette nouvelle baisse des prix. Même l’Italie a contribué, modestement, à abaisser le prix mondial de l’héroïne.

Dépourvu d’ironie, le livre d’Enrico Piovesana est un reportage journalistique. Lié à "Peace Reporter" (le magazine de l’ONG "Emergency"), il relate une série d’histoires extraordinaires, centrées à Lash Kargah, une ville où Emergency gère un hôpital. Imaginez des soldats américains arrivant de nuit par hélicoptère, tirant sur tous ceux qu’ils voient, et s’emparant de la récolte d’opium. Des actions de ce genre se produisent sur base d’informations fournies par la police et l’armée afghane, qui réclament 10 pourcent de la production aux cultivateurs pour les laisser tranquilles.

Ils dirigent ensuite les Américains vers les producteurs qui ne paient pas.
Les témoins Afghans disent que la marchandise saisie par les Américains n’est pas détruite mais remise à des grossistes qui en assurent le transport à l’étranger.
Personne ne songe à détruire l’opium ; sa valeur économique est telle qu’aucun humain n’est prêt à y renoncer.
Pendant ce temps, le prix des céréales (la meilleure alternative à l’opium pour les agriculteurs) chute vertigineusement. Les tonnes de grains donnés (en cadeau !) par USAID et par le Programme d’Alimentation des Nations Unies, ont poussé nombre d’agriculteurs locaux, forcés de brader leur production, dans la pauvreté. Aujourd’hui, ces agriculteurs abandonnent leurs traditionnelles cultures de subsistance pour se tourner vers le pavot, la seule culture qui leur garantit une marge de profit. Qui s’éreinterait pour un produit qui ne se vend pas ?
La production d’opium a généré une nouvelle configuration sociale au centre de laquelle se trouvent les grands barons de la drogue ; les grands cultivateurs et les grossistes en opium.
Parmi eux, il y avait Ahmed Wali Karzai.

En 2006, un camion contenant 50 kilos d’héroïne et appartenant aux membres de sa garde rapprochée fut saisi par les forces américaines. Les poursuites s’arrêtèrent là par ordre express de Washington ; Ahmed Wali Karzi étant le frère du Président Afghan, Hamid Karzai.

Parmi les nouveaux barons de la drogue se trouve également Mohamed Qasim Fahim, le commandant des milices tadjikes qui, aux côtés des États-Unis, a combattu les Talibans en 2002 ; un homme qui concilie son rôle de grossiste en narcotiques avec ceux de Ministre de la Défense et de Vice-président du pays.
De 2002 à 2007, l’augmentation constante de la production d’opium a eu des effets en cascade qui vont bien au delà des phénomènes d’enrichissement personnel. La culture de l’opium a créé un nouveau bloc social puissant ; les narcotrafiquants. Ce groupe est le seul ayant les moyens et la volonté d’empêcher les Talibans de revenir au pouvoir ; ils y auraient effectivement beaucoup à perdre. Ils sont donc également l’unique allié des forces d’occupation internationales.
Les données présentées sont claires. Sous l’occupation militaire des États-Unis et de l’OTAN, l’Afghanistan a atteint un quasi-monopole mondial de la production d’opium et d’héroïne. Ces produits sont consommés localement, mais sont surtout exportés (par contrebande ?) en Iran et en Russie, ennemis des Américains. Ils continuent ensuite leur chemin, pour arriver en Europe, où nous les retrouvons sur le marché illégal.
Vers la fin du livre, l’auteur cite quelques compagnies aériennes de contractants proches de la CIA, qui assurent n’importe quel type de transport rétribué. J’invite le lecteur curieux à lire le livre pour découvrir les noms de ces entreprises.
Pour résumer, l’occupation de l’Afghanistan a provoqué un boom gigantesque dans la production mondiale d’opium ; les Britanniques et les Américains gérant les régions où la production a explosé.
L’Afghanistan est un “narco-état” depuis au moins la moitié des années quatre-vingt, mais la situation s’est aggravée pendant l’intervention internationale. Depuis, ce surpuissant narco-état a fait de la corruption à tous les niveaux sa principale raison d’exister.
Que font nos forces dans ce coin du monde ?
Giorgia Pietropaoli se le demande aussi, dans "Missione oppio. Afghanistan : cronache e retrocena di una guerra persa in partenza", paru en 2013 aux éditions Alpine Studio.
Pourquoi sommes-nous intervenus en Afghanistan ?
En Afghanistan, il n’y a que l’opium.
Le monde est rempli de régimes politiques désagréables qui restent au pouvoir. Ne pas parler de l’opium, omettre la question du contrôle politique de sa production, signifie ne pas comprendre grand chose à la réalité de ce pays.
Les témoignages mis en évidence par l’auteure sont sans équivoque : le pays entier est régi par l’opium.
Depuis le début de cette longue intervention “humanitaire”, il y a quinze ans, la situation n’a fait qu’empirer et la rhétorique a triomphé.
Les autorités ont maintes fois déclaré avoir gagné, que la guerre était finie.
Mais elles ont toujours évité la question centrale : quel sens une intervention dans un pays où il n’y a que de l’opium peut elle avoir ?
La production d’opium rejoint ses niveaux historiques immédiatement après l’invasion de l’OTAN, puis elle explose et finit encore par doubler. Cette évolution n’a rien à voir avec les Talibans.
La guérilla est réapparue après 2006, c’est à dire après le boom de la culture du pavot. L’intervention de l’OTAN a produit un boom dans la production d’opium, puis l’indigence du nouveau gouvernement a permis le retour des Talibans. Ce ne sont donc pas ces derniers qui ont causé le boom du pavot.
L’envoi de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) en Afghanistan, a été présenté comme une mission de transition. Au départ, l’intervention était réservée à la seule région de Kaboul, la capitale, et son but était d’installer Karzai au pouvoir. Une fois cet objectif accompli, l’opération fut étendue à l’entièreté du territoire national, sans augmentation des ressources à sa disposition.
L’occupation militaire, qui n’a jamais eu le contrôle intégral du territoire, a fait croître le marché de l’unique produit pouvant être vendu à profit. Le résultat est une administration très corrompue, transplantée dans une narco-région virtuellement exclue de tout type de contrôle.
Aujourd’hui, le gros de la production d’opium est localisé au sud du pays, dans des régions depuis longtemps exclusivement contrôlées par les anglais et les américains.
Cela fait des années que la filière criminelle croît et se renforce, et dans de nombreux endroits du pays, une étrange formation économico-sociale s’est établie.
La production d’opium et d’héroïne est amplement consommée localement et est massivement exportée vers l’Iran et la Russie. Le mécanisme commercial ne s’est pourtant jamais arrêté là, parce qu’à ce jour, la majeure partie de l’héroïne consommée en Europe et aux États-Unis provient d’Afghanistan. Les mafias mexicaines et les organisations afghanes ont même établi une connexion internationale autour du commerce de l’opium.Les troupes italiennes stationnées dans le pays savent cela depuis longtemps.

L’auteure nous conte aussi l’incroyable aventure d’un lieutenant colonel des Carabinieri, un certain Christiano Congiu. Envoyé en Afghanistan par les stups Italiens pour faire des enquêtes, il a eu un accident le 4 juin 2011, et est décédé d’un coup de pistolet dans la tempe. Parmi les personnes présentes lors de l’incident, il y avait une dame qui travaillait pour la CIA sous couverture d’une ONG.
L’auteure raconte aussi que les données de l’autopsie faite en Afghanistan ne correspondaient pas avec ce qu’avaient vu les témoins italiens sur le cadavre. Le corps fut providentiellement incinéré.
Depuis plusieurs années, les sources d’informations russes affirment que les forces d’occupation américaines ne luttent pas contre la production de drogue, parce qu’elle rapporte cinquante milliards de dollars par an.
Les principales régions productrices de drogue, sous contrôle britannique et américain, sont des régions géographiques marginales, même d’un point de vue afghan. La production est gérée par des groupes dépourvus des ressources nécessaires à l’exportation mondiale. Et malgré tout cela, la production d’opium et d’héroïne de l’Afghanistan réapparaît au Kosovo, d’où elle est distribuée dans toute l’Europe.
Les sources russes ajoutent que les liens entre Bagram (l’aéroport de Kaboul) et le Kosovo sont maintenus par certaines entreprises de contractants (qui sont également nommées dans ce livre-ci), très proches des services étasuniens.
D’où la question posée par l’auteure : que faisons nous dans un pays où il n’y a que de l’opium ?
Le reste n’est qu’une conséquence.

Par Alfio Neri





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